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JO 1984 : La belle envolée

 

La délégation marocaine

Les Jeux Olympiques de Los Angeles marquent un tournant majeur dans l’Histoire sportive du pays. Un an après le succès retentissant de la participation marocaine aux Jeux Méditerranéens de Casablanca (8 médailles d’or), les nationaux veulent frapper un grand coup aux Etats-Unis.

Tous les espoirs marocains reposent sur les épaules des deux nouvelles icônes du sport national. Said Aouita et Nawal El Moutawakel prennent ainsi leurs quartiers à Los Angeles avec une ambition sans limites, celle de décrocher le Graal olympique. Pari tenu !

Si l’athlétisme offre au pays ses deux premiers titres olympiques, les représentants des autres disciplines veulent également surfer sur la dynamique née des Jeux Méditerranéens de Casablanca.

Les footballeurs marocains, qui réussissent à éliminer le Nigeria à Casablanca au terme d’une rencontre au suspense haletant, évoluent dans un véritable « groupe de la mort » aux côtés du Brésil et de la RFA, conduite par Andreas Brehme, futur champion du monde en 1990. Bien que battus par ces deux ogres du football mondial, les coéquipiers de Badou Zaki font jeu égal avec leurs adversaires. Cette expérience olympique, ponctuée d’une victoire sur l’Arabie Saoudite, permet aux joueurs marocains de gagner en expérience internationale, deux ans avant l’épopée mexicaine des Lions de l’Atlas en Coupe du Monde de football (1986).

Le tennis fait son grand retour aux Jeux Olympiques en tant que sport de démonstration, ce qui permet à Arafa Chekrouni d’être le premier sportif marocain à représenter le pays dans cette discipline, en attendant l’avènement des « Trois Mousquetaires ».

Les autres sports individuels représentés se frottent à la dure réalité d’une concurrence de plus en plus dense et affûtée. Les boxeurs marocains, portés en triomphe un an plus tôt à Casablanca, rentrent bredouilles de Los Angeles. Ils prendront leur revanche quatre ans plus tard !

Ni les cyclistes, de retour aux Jeux Olympiques après vingt-quatre ans d’abstinence, ni les judokas et les lutteurs marocains, ne parviennent à décrocher une médaille olympique. Mais leur seule présence est un gage de crédibilité car les places aux Jeux sont très chères et sont souvent liées aux performances continentales des sportifs concernés.
 

Ils ont marqué les Jeux


Nawal El Moutawakel, « la pionnière »

En ce 8 août 1984, le Coliseum de Los Angeles s’apprête à vivre l’un des moments forts des Jeux Olympiques à l’occasion d’une finale du 400 mètres haies de toute beauté. Les 80.000 spectateurs ont les yeux rivés sur l’Américaine Judi Brown, donnée favorite en l’absence des coureuses d’Europe de l’Est, qui réalisent le triplé sur la distance lors des Mondiaux d’Helsinki (1983).

Rares sont les spécialistes qui mentionnent la Marocaine Nawal El Moutawakel dans leurs pronostics. Et pourtant ! La championne marocaine, qui poursuit des études universitaires aux Etats-Unis, prouve toute l’étendue de son talent en remportant le doublé 100 mètres haies-400 mètres haies aux championnats d’Afrique (1982) mais également la médaille d’or sur 400 mètres haies aux Jeux Méditerranéens de Casablanca (1983).

A tout juste 22 ans, Nawal El Moutawakel plane sur la finale olympique du 400 mètres haies et bat le record olympique de la distance en 54 secondes et 61 centièmes (record d’Afrique). Le cérémonial de remise des médailles est empreint de solennité. L’émotion de la jeune Marocaine n’a d’égale que la joie de Hadj Mohammed Benjelloun, qui lui remet le Graal olympique.

L’hymne marocain résonne ainsi pour la première fois dans l’Histoire des Jeux Olympiques. Mais il s’agit là du simple début de la saga des champions olympiques marocains…


Said Aouita, « le nouveau boss »

21 août 1983 : quelques minutes seulement avant le début de la finale de Coupe du Trône de football mettant aux prises le Raja de Casablanca au CLAS, Feu SM le Roi Hassan II donne une impulsion décisive à Nawal el Moutawakel et Said Aouita en levant les bras des deux champions sous les vivats des 90.000 spectateurs du complexe Mohammed V. Ce signal fort est une formidable source de motivation pour les deux champions.

Quelques jours plus tôt, Said Aouita devient le premier athlète marocain à remporter une médaille aux championnats du monde à l’air libre en remportant le bronze à Helsinki sur 1500 mètres. Il brille ensuite de mille feux aux Jeux Méditerranéens de Casablanca où il réalise le doublé 800 mètres-1500 mètres.

C’est donc avec un statut de favori que l’enfant de Fès largue les amarres pour les Jeux Olympiques de Los Angeles. Said Aouita aurait pu prétendre à un doublé 1500 mètres-5000 mètres mais il se résout à choisir la seconde distance faute d’un réaménagement du programme des épreuves d’athlétisme.

Le champion marocain, qui conteste d’ores et déjà la domination anglaise dans le demi-fond, éclabousse la finale du 5000 mètres de toute sa classe et remporte la course haut la main, se permettant le luxe de saluer le public à quatre-vingts mètres de l’arrivée. Il prend même un tour à l’Anglais David Moorcroft, le détenteur du record du monde. Tout un symbole ! Le Maroc remporte ainsi sa seconde médaille d’or après celle de Nawal El Moutawakel.

Pour sa part, Said Aouita s’apprête à régner sans partage sur le demi-fond mondial. Trois ans ans plus tard, le Marocain écrit l’une plus belles pages de l’Histoire de l’athlétisme mondial en devenant le premier homme à briser la barrière des 13 minutes sur 5000 mètres.




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