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JO 1988 : Grande première pour la boxe


La délégation marocaine

La capitale coréenne abrite les XXIVe Jeux Olympiques de l’ère moderne. En raison du décalage horaire, les téléspectateurs marocains doivent prendre leur mal en patience et combattre le sommeil pour voir à l’œuvre nos champions.

Une fois de plus, l’expectative est grande du côté des athlètes marocains, avec comme tête d’affiche Said Aouita, le recordman du monde du 1500 mètres, 2000 mètres et 5000 mètres. La star incontestée du fond et du demi-fond mondial veut relever un défi jugé par certains insensé en remportant deux médailles d’or à Séoul, sur 800 mètres et 1500 mètres.

Les courses auxquelles il participe avant les Jeux Olympiques semblent lui donner raison. Encore novice sur 800 mètres, Said Aouita bat tout de même les meilleurs spécialistes mondiaux et passe sous les 1 minute 44 secondes (1’43’’86) lors du meeting de Cologne. L’exploit semble à portée de main. Peine perdue.

Said Aouita se blesse au Japon à quelques jours du début des compétitions. Il obtient tout de même une médaille de bronze sur 800 mètres mais il est obligé de renoncer dans l’épreuve du 1500 mètres. Deux autres médailles olympiques sont conquises par la délégation marocaine. Moulay Brahim Boutayeb remporte l’épreuve du 10.000 mètres alors que le boxeur Abdelhak Achik obtient une probante médaille de bronze dans la catégorie des moins de 57 kilogrammes.

Parmi les six autres pugilistes marocains présents à Séoul, deux champions se mettent en évidence. Kamal Merjouane échoue ainsi aux portes de la médaille de bronze. De son côté, Khalid Rahilou défraie la chronique en décidant d’opter pour les couleurs marocaines. Neuf ans plus tard, il devient champion du monde professionnel dans la catégorie des superwelters.

Les judokas et les lutteurs marocains poursuivent quant à eux leur quête effrénée d’un accessit olympique. Sans succès.
 

Ils ont marqué les Jeux


Moulay Brahim Boutayeb, « l’heureuse surprise »

Alors que tous les Marocains rêvent d’un doublé de Said Aouita à Séoul, c’est finalement le tout jeune Moulay Brahim Boutayeb (21 ans) qui offre au pays son troisième titre olympique.

L’enfant de Khémisset fait déjà parler de lui en 1985, lorsqu’il termine septième des mondiaux juniors de cross country organisés à Neuchâtel (Suisse). Said Aouita voit d’ailleurs en lui son digne successeur et en fait très vite un compagnon d’entraînement.

L’année 1988 démarre sous les meilleurs auspices pour le jeune prodige, qui réalise le doublé sur 5000 mètres et 10.000 mètres aux championnats d’Afrique à Annaba (Algérie). Le Marocain ne fait pourtant pas partie des favoris à Séoul car il n’est pas un spécialiste du 10.000 mètres, une distance qu’il n’a courue qu’à deux reprises depuis le début de sa toute jeune carrière (Annaba et Oslo en 1988 !)

Mais en l’absence de l’Italien Alberto Cova, les jeux restent ouverts. De fait, en ce lundi 26 septembre 1988, le stade olympique de Séoul est le théâtre d’un véritable « one man show » du champion marocain.

Comme à l’accoutumée, les hommes des Hauts Plateaux tentent de dynamiter la course. Les Kenyans Tanui et Kimpkemboi impriment un rythme d’enfer que seul Moulay Brahim Boutayeb et l’Italien Salvatore Antibo peuvent suivre. Le Marocain démarre au sixième kilomètre, portant ainsi l’estocade finale pour l’emporter haut la main dans le temps record de 27’21’’46. Moulay Brahim Boutayeb aurait même pu battre le record du monde du Portugais Fernando Mamede sans un relâchement somme toute naturel dans les derniers cent mètres.

Ce 10.000 mètres fera date dans les annales des Jeux Olympiques. Rarement un athlète aura su imposer une telle domination à l’occasion d’une finale que Moulay Brahim Boutayeb a éclaboussée de toute sa classe.


Abdelhak Achiq, le puncheur

Abdelhak Achik est un cas atypique. L’enfant du Hay Mohammadi à Casablanca aurait en effet pu épouser une carrière de footballeur au sein de l’Ittihad Casablanca (TAS). Il renonce finalement à emprunter cette voie et privilégie celle de la boxe, au grand bonheur des amateurs du noble art.

Abdelhak Achik est un pugiliste au punch dévastateur. Ses uppercuts, aussi imprévisibles qu’infaillibles, sèment le désarroi sur le ring. Son style chatoyant et son sens du spectacle font de lui le chouchou de Palais de la Foire à Casablanca, lorsqu’il remporte la médaille d’or aux Jeux Méditerranéens organisés au Maroc (1983) dans la catégorie des moins de 57 kilogrammes.

C’est le début d’une ascension fulgurante au cours de laquelle le boxeur marocain remporte coup sur coup deux médailles d’or aux Jeux Panarabes (1985 et 1987) et un second titre aux Jeux Méditerranéens (1987).

Pour sa première participation aux Jeux Olympiques, Abdelhak Achik n’est pas gâté par le tirage au sort qui le met aux prises aux représentants de la redoutable école d’Amérique Latine. Mais le Marocain ne craint personne. Il ne laisse aucune chance au Salvadorien Avilar puis au Vénézuélien Qatari, mis au tapis dès le premier round.

Le Chinois Liu subit le même sort en quarts de finale. Le rêve d’Abdelhak Achik est enfin exaucé. Il devient médaillé olympique mais pas avec le métal souhaité car il est obligé d’abandonner en demi-finale face  l’Italien Parrisi.

Abdelhak Achik quitte les Jeux de Séoul par la grande porte, paré d’une médaille de bronze qui vaut son pesant d’or. Son frère Mohammed suivra la voie tracée par son illustre aîné quatre ans plus tard à Barcelone.





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