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JO 1992 : Skah, roi des pistes

 

La délégation marocaine

 

Le Maroc participe aux Jeux Olympiques de Barcelone dans huit disciplines sportives, avec notamment deux sports jamais représentés jusqu’ici, le tennis de table et le taekwondo.

 

Les amateurs de football, encore sous le choc de l’élimination précoce des Lions de l’Atlas en phases finales de la CAN 1992 au Sénégal, fondent de gros espoirs sur une nouvelle génération de joueurs talentueux. Les hommes de l’Allemand Olk Werner paient un lourd tribut à leur manque d’expérience, avec notamment deux défaites face à la Suède et au Paraguay. Mais qu’à cela ne tienne ! Ce tour de chauffe olympique sera d’un précieux apport pour les tout jeunes Noureddine Naybet et Abdelkrim Hadrioui, qui participent ensuite à deux phases finales de Coupe du Monde de football (1994 et 1998).

 

Les athlètes marocains perpétuent, quant à eux, la tradition en ramenant deux médailles olympiques de Barcelone avec la victoire de Khalid Skah sur 10.000 mètres et la seconde place sur 1500 mètres de Rachid Labsir.

 

Dans les autres sports individuels, le pugiliste Mohamed Achik sauve la face de la boxe marocaine en étant l’unique représentant marocain à remporter des victoires. Il réussit finalement à décrocher une médaille de bronze ô combien précieuse, la seconde conquise en l’espace de quatre ans par la famille Achik !

 

Le tennisman Younès El Aynaoui, transcendé par sa victoire sur l’Autrichien Thomas Muster au Grand Prix Hassan II (1992) tient tête à l’Allemand Boris Becker (numéro 5 mondial de l’époque). Il réussit même l’exploit de prendre un set au triple vainqueur de Wimbledon (1988, 1990 et 1991).

 

De son côté, Karim Alami abandonne sur blessure au premier tour face à Marc Rosset alors que les deux joueurs sont à égalité un set partout. Quelques jours plus tard, le Suisse est sacré champion olympique ! Les tennismen marocains quittent donc la compétition la tête haute, au même titre que la championne Hafida El Ouacef, qui atteint les demi-finales de la catégorie des moins de 60 kilogrammes en taekwondo, sport de démonstration à Barcelone.

 

Ils ont marqué les jeux : Skah, Labsir et Mohamed Achik

 

Khalid Skah, « l’intrépide »

En l’espace de deux ans, Khalid Skah devient la hantise des coureurs kenyans et éthiopiens en remportant les championnats du monde de cross long à Aix-les-Bains (1990) et à Anvers (1991). Son finish phénoménal allié à son aptitude à suivre le rythme infernal imposé par les hommes des Hautes Plateaux font de lui un adversaire redoutable.

En 1991, le Marocain termine troisième du 10.000 mètres à l’occasion des championnats du monde à l’air libre organisés à Tokyo. Khalid Skah y affûte ses armes et s’apprête à frapper un grand coup au 10.000 mètres olympique programmé à Barcelone.

La tâche du Marocain, que ses concitoyens découvrent lors des Jeux de la Francophonie organisés à Casablanca en 1989, s’annonce difficile. Les trois Kenyans imposent un train d’enfer pour « lâcher » Khalid Skah. Sans succès. Imperturbable, l’enfant de Fès s’accroche aux Basques du Kenyan Richard Chelimo. Les tours s’égrennent avant qu’un incident ne vienne perturber la quiétude du champion marocain.

Chelimo et Skah prennent en effet un tour au Marocain Hammou Boutayeb, qui ne se laisse pas dépasser alors que le règlement stipule le contraire. Les spectateurs espagnols croient au complot même si ce malentendu ne perdure que quelques hectomètres.

La victoire finale de Khalid Skah est incontestable par la grâce d’une dernière ligne droite de toute beauté. Mais l’incident de course incite la délégation italienne à déposer des réserves. Soudain, les télescripteurs s’affolent. La nouvelle qui vient de tomber plonge la délégation marocain dans le désarroi. La disqualification de l’athlète marocain est en effet annoncée par le jury.

Pareille injustice est réparée quelques heures plus tard grâce aux efforts déployés par les officiels marocains. Khalid Skah retrouve en effet un titre olympique qu’il n’aurait jamais dû perdre. Il était bel et bien le meilleur en ce 3 août 1992, n’en déplaise à celles et ceux qui ont crié au scandale en évoquant l’existence d’un plan secret qui n’a jamais existé.

 

Mohamed Achik, « histoire de famille »

La boxe est une histoire de famille chez les Achik. En 1988, Abdelhak offre au Maroc une médaille de bronze olympique. Dans le même temps, Mohamed se fait éliminer au premier tour par un Suédois qu’il avait pourtant dominé. 

Assoiffé de revanche, Mohamed Achik, grand admirateur du légendaire Mohammed Ali, se distingue aux Jeux Méditerranéens d’Athènes en terminant sur le podium (1991). Il n’en est pas moins obnubilé par une seule et même obsession, celle de rejoindre son frère au panthéon olympique.

De nature discrète, Mohamed Achik pose ses valises au village olympique de Barcelone sans faire parler de lui. Pourtant, le Marocain va très vite prouver que derrière l’homme timide et réservé de la vie de tous les jours se cache un formidable compétiteur sur le ring.

L’Allemand Berg puis l’Algérien Zengli sont incapables de trouver la parade à la classe naturelle de Mohamed Achik, qui séduit les puristes par l’élégance de ses gestes. Le style raffiné de l’enfant du Hay Mohammadi contraste d’ailleurs avec le punch dévastateur du grand frère Abdelhak.

L’Argentin Molina ne parvient pas, lui non plus, à percer la muraille marocaine. Mohamed Achik franchit ainsi la cap des quarts de finale. Il est médaillé olympique ! Malheureusement, il abandonne sur blessure en demi-finale face au Cubain Casamayor, tout comme l’avait fait son frère quatre ans plus tôt.

Mohamed Achik peut ainsi retourner au Hay Mohammadi avec le sentiment du devoir accompli. Son rêve olympique est en fin assouvi. 

 

Rachid Labsir, l’heureuse surprise

Dans l’ambiance surchauffée du stade olympique de Barcelone, les supporters espagnols sont en transes. Ils attendent avec grande impatience l’entrée en scène des acteurs de la finale du 1500 mètres, dont l’icône nationale Fermin Cacho.

Ce dernier est condamné à la seconde place car l’Algérien Noureddine Morceli, champion du monde en titre sur la distance (1991), semble intouchable.

Le Maroc est représenté par Rachid El Basir, qui veut faire honneur à l’athlétisme marocain dont est issu le détenteur du record du monde, Said Aouita. Incapable de se qualifier en finale des championnats du monde à l’air libre organisés à Tokyo (1991), El Basir ne fait pas partie des candidats au podium olympique. Et pourtant !

Sûr de lui, l’enfant de Fès, sait que le rythme de la course va être modéré car Noureddine Morceli et Fermin Cacho vont s’observer en chiens de faïence. Dans ce cas, Rachid El Basir pourrait faire valoir son finish pour surprendre ses adversaires.

Les prévisions du Marocain s’avèrent exactes. L’Algérien Morceli cède dans le dernier tour alors que son rival espagnol, poussé par les vivats du public catalan, file vers la victoire. Parti un zeste trop tard et obligé de se décaler au deuxième couloir, Rachid El Basir ne parvient pas à dépasser Fermin Cacho mais occupe tout de même une belle deuxième place au terme d’un dernier 100 mètres de toute beauté.





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